19 Tweets 37 reads Feb 15, 2023
#Thread: 🕌Le Calife de la Sunna: hanbalisme, chiisme et ash'arisme: luttes d' influence à Bagdad ⬇️ ⏬⏬
BAGDAD : Fin du 3e siècle de l’Hégire, début 10e siècle chrétien : Le pouvoir est tiraillé entre chiisme et sunnisme, dont le hanbalisme est alors le plus sérieux gardien...
La pression chiite s’exerce au sein même du pouvoir califal, en particulier avec l’introduction des frères chiites Banû Furât, des fonctionnaires influents dans l’administration de l’État.
Le pouvoir alterne alors, sous la pression de vizirs, entre plusieurs positions dogmatiques, du soutien au hanbalisme à des sympathies soufies et crypto chiites.
L’instabilité règne : on élimine le « mystique » al-Hallaj (922), mais on inquiète aussi aṯ-Ṯabarî.
932: Le calife pervers al Qahir succède à Bagdad à son frère al Muqtadir par un coup d’État (inqilab). Les activités des hanbalites sont condamnées par décision califale...
Déstabilisé par ses conseillers qu’il suspecte de subversion, al Qahir s’enferme dans la paranoia, soutenu par une foi très faible et des accointances ash’arites...
945 : Les Bouyides chiites en profitent et contrôlent un territoire en crise. Dynastie d’émirs iraniens, ils gouvernent au nom d’un calife abbasside affaibli.
Leur pouvoir atteint son apogée sous Adud ad Dawla (977-983) : un chiite duodécimain gouverne alors l’empire abbasside.
Entre promotion des arts et de la culture et pragmatisme politique, les idées mu’tazilites et chiites sont naturellement répandues, mais souvent combattues, surtout à Bagdad.
La Danse extatique se propage alors : c’est une pratique liée à certains rites des soufis, présentée comme un moyen d’atteindre l’ « extase ».
L’imam hanbali Ibn Batta la condamne fermement.
Ayant étudié à à Mekka et en Syrie, ibn Batta revient à Bagdad pour y appeler à Allah et Son Messager ﷺ.
Il est khâtib et produit une œuvre dogmatique de qualité, « al ibana» (l’exposé), un concentré de tawhid blâmant toutes les innovations.
Il s’oppose à la propagande chiite, réaffirme les attributs d’Allah et condamne les gens du kalam. Il succède en cela à l’imam al Barbahari à Bagdad.
Un calife pieux et droit va jouer un rôle capital dans la défense du sunnisme : al QÂDIR biLlah (992-1031) :
il va s’opposer progressivement mais frontalement à la tutelle des Bouyides chiites que ses prédécesseurs immédiats avaient été contraints d’accepter.
Dans un premier temps, il fait semblant de soutenir les vues du « grand émir » chiite ; D’ailleurs al Qâdir est choisi par les bouyides, lesquels s’imaginent que ce nouveau calife est docile.
Il n’est reconnu officiellement que vers l’an 1000 par les dynasties sunnites des provinces (Samanides et Ghaznévides).
Fort d’une autorité et d’un prestige croissants dans la population, Al Qâdir va progressivement déstabiliser et saper les fondements du pouvoir chiite.
Il refuse d’abord, à Bagdad, de nommer grand cadi le candidat que tente de lui imposer l’émir chiite.
Il refuse également de nommer ce fidèle du régime comme président du tribunal des Abus (radd l mazalim, une « cour d’appel » en cas de contestation de jugements).
En 1018, al Qâdir va plus loin. Il condamne le régime des Fatimides ismaéliens. Il fait surtout lire au palais la « Risala al qâdiriya » (L’épître d’al Qadir), dans laquelle il définit la doctrine officielle :
défense du Quran et de la Sunna (et du hanbalisme) et dénonciation des chiites, des mu’tazilites et de l’ash’arisme, considéré comme un dangereux compromis innové.
Il fait condamner dans les mosquées la doctrine du « Coran créé » et parvient à nommer son fils al Qa’im comme successeur, afin d’ assurer la sécurité du dogme des gens de la Sunna (pas toujours avec succès) provoquant la colère du « grand émir chiite ».
Évidemment critiqué par les orientalistes et "islamologues" occidentaux, al Qâdir fut un calife habile, rusé et fier de sa religion, dans un contexte hostile. Un modèle.
Avec l’arrivée des Seljoukides, en 1055, l’ash’arisme va toutefois progressivement se renforcer….

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