27 Tweets 22 reads Feb 11, 2023
📢 #Thread : CALIFAT, LAICITÉ, DÉMOCRATIE: le LIVRE clé 📕du 20e siècle dans le MONDE MUSULMAN ⬇️⬇️
Le livre évoqué ici ne fut pas un évenement littéraire, mais un événement tout court. C'est un tournant majeur de la pensée arabo-musulmane au 20e siècle.
Depuis l’introduction de l’imprimerie dans le monde musulman, peu de livres ont suscité autant de bruit et de polémiques.
‘Alim et cadi formé à l’université Al Azhar, ALI ABDERAZIQ, nait en 1888 dans une famille de notables, engagée dans le courant libéral égyptien et les idées réformistes.
▶️ Son frère, Mustafa, devient un philosophe reconnu de l’élite occidentalisée du pays.
En même temps qu’il reçoit une formation traditionnelle religieuse, Ali Abderaziq fréquente la nouvelle université égyptienne et entre en contact, à travers quelques orientalistes qui y enseignent, avec les idées occidentales.
Il se rend par la suite dans une université anglaise en vue de poursuivre des études profanes.
▶️ Suffisamment pour être influencé par le logiciel occidental, mais pas assez pour en comprendre visiblement les limites.
Le monde musulman vit alors en même temps et dans plusieurs territoires des transformations sans précédent :
industrialisation, urbanisation, développement de la presse, occidentalisation du système éducatif...
Dès le 19e siècle, une entreprise de modernisation forcée fut conduite par Méhemet Ali en Egypte.
📕 Devenu une monarchie constitutionnelle en 1923, l’Egypte entame une vie politique « libérale » : élections, Parlement, etc.
1924 : Le califat, l’institution qui représentait aux yeux des musulmans la continuité de l’entité islamique depuis la mort du Prophète, est supprimée en Turquie par un pouvoir qui se réclame du nationalisme.
Le califat, même nominal, symbolisait la pérennité de la Umma.
Le débat intellectuel et scientifique est alors scindé en deux blocs d’inégale importance :
▶️ d’un côté les partisans du califat. Le syrien Rachid Rida appelle à une purification administrative d’un califat restauré (sous direction arabe)
Il condamne explicitement le nationalisme qu’il voit comme un égarement et même une apostasie.
Le turc Mustafa Sabri, principal opposant à Mustafa Kemal et exilé, s’oppose lui aussi à la sécularisation du monde musulman et à l’abolition du califat.
◀️ D’un autre côté, ceux qui veulent liquider le califat.
Commandité par l'assemblée nationale turque, le « Manifeste d’Ankara » tente de justifier islamiquement (et maladroitement) la décision de dépouiller le calife de tous ses pouvoirs et supprimer le khilafa multiséculaire.
🖌️📕 Ali Abderaziq publie en 1925 son livre « L’ISLAM ET LES FONDEMENTS DU POUVOIR».الإسلام و أصول الحكم.
C’est également une charge contre le califat, qui vient d’un homme encore respecté dans l’institution.
Son idée centrale est la suivante :
La véritable rupture ne se se situe pas, contrairement à ce que pensent beaucoup, entre d’un côté la communauté du Prophète ﷺ et les califats bien guidés et, de l’autre, la tyrannie dynastique à partir de Mu’awiya...
Pour lui, la vraie rupture se situe entre d’un côté la communauté du Prophète ﷺ et, de l’autre, l’État instauré après sa mort et dirigé par Abu Bakr, une simple entité politique séculière nommée califat.
« Le califat n’a pas été négligé seulement par le Coran, qui ne l’a même pas évoqué, il a été ignoré tout autant par là sunna, qui n’en fait aucune mention » 
Dès lors, pour lui, la séparation du spirituel et du temporel A DÉJÀ EU LIEU. L’accomplir est donc une évidence.
L’absence d’administration officielle dans la Médine prophétique est pour lui la preuve du caractère APOLITIQUE de la gestion du Messager d’Allah ﷺ :
« cet État ne comportait aucun des dispositifs fondamentaux que les politologues attachent à tout gouvernement temporel »
Il résume sa vision en une formule choc :
« L’Islam est un message de Dieu et non un système de gouvernement, une religion et non un État ».
En résumé, Abderaziq dépolitise la mission et la gestion du prophète ﷺ et désislamise la notion de califat.
L’objectif est clair : ouvrir la porte à toutes les formes politiques possibles, déconnecter la question de l’organisation du pouvoir de celle de la croyance.
« On ne doit pas confondre l’autorité acquise du fait de la mission prophétique avec celle de chef temporel »
"La soumission des Arabes au Prophète découlait d’un acte de foi et d’une conviction religieuse, non d’une allégeance politique 
[...] Cette institution que les musulmans ont convenu d’appeler « califat » est entièrement étrangère à leur religion"
C’est ici que l’auteur montre son ignorance du modèle politique occidental (qu’il n’a pas compris) :
"  Aucun principe religieux n’interdit aux musulmans de concurrencer les autres nations dans toutes les sciences sociales et politiques"
Il poursuit:
« Rien ne les empêche d’édifier leur État et leur système de gouvernement sur la base des dernières créations de la raison humaine;
sur la base des systèmes à la solidité prouvée ; ceux que l’expérience des nations a désignés comme étant parmi les meilleurs. »
Il justifie un État « islamique » national, qui sera bien sûr plus national qu’islamique, comme alternative au califat.
Les réfutations se multiplient : Rachid Rida le qualifie de mu’tazila et de jahmi et appelle à le rendre apostat, jugement législatif lourd de conséquence
Le père du mouvement salafi égyptien, Mohamed Hamid al Fiqi, pourtant opposé aux oulémas asharites d’al Azhar, le réfute également.
Il le qualife d’ « intellectuel occidental » incapable de voir la dimension idéologique et religieuse de la démocratie (la critique la plus juste).
Même Abderrazak Sanhoury, un juriste plutôt réformiste réfute l’auteur, en montrant qu'il confond la question du califat...et celle du calife.
Une Procédure est engagée contre l’auteur auprès du conseil des grands oulémas d’al Azhar. Abderaziq sera marginalisé mais pas condamné. Il meurt dans l’anonymat dans une Egypte panarabiste et socialiste en 1966
partagez le thread barakAllahou fikoum, c'est un travail (fort agréable) très exigeant
Nous évoquerons d'autres livres clé du siècle inshaAllah, mais de même qu' on détruit d'abord les idoles avant d'attester l'unicité d'Allah, de même on expose d'abord les problèmes avant d'envisager les solutions.

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