25 Tweets 24 reads Apr 08, 2023
#Thread La PUDEUR et les MUSULMANS, des SAHABAS à NOS JOURS ⬇️ ⬇️⬇️
(du déclin au renouveau?)
La pudeur est la réserve/retenue qu’éprouve une personne devant ce que sa dignité/croyance semble lui interdire. C’est pourquoi le Messager d’Allah ﷺ a déclaré : « si tu n'as pas de pudeur, fais ce que tu veux » 
Ibn al Qayyim distingue dix formes de pudeur...
Retenons les trois mentionnées par Al Mawardi : la pudeur vis-à-vis d’Allah, vis-à-vis des gens, vis-à-vis de soi-même.
Le degré de pudeur (part de la taqwa) détermine le degré d’exposition aux péchés. Dans la communauté élaborée par le Prophète ﷺ , la pudeur est omniprésente
D’abord parce que les sahabas sont éduqués par le Messager ﷺ et le livre d’Allah ﷻ , mais aussi car il s’agit d’une société de pénurie, dans laquelle tout le monde se connaît, où l’on se tourne pour mourir et souffrir et on apprend à encaisser les épreuves
La parole est valorisée, certes, mais c’est celle d’Allah qui est glorifiée. Le Coran mais aussi la poésie islamique sont l’expression du DIRE: le silence pudique est un fondement du quotidien.
L’expansion civilisationnelle islamique va bouleverser certaines tendances.
Les conquêtes et la vie urbaine connectent les 1er croyants avec d’autres peuples/coutumes. Au caractère nomade, tribal, austère s’agrègent alors des coutumes byzantines et sassanides.
Se développent de Cordoue à Bagdad des loisirs de cours princières jadis inconnus des sahabas
La norme de la pudeur est déplacée : poésie (parfois sinon souvent sexuellement tendancieuse), musique et même consommation illicite (alcool).
La pudeur du Prophète ﷺ et des califes bien guidés dans l’exercice du pouvoir est évacuée au profit de protocole de palais...
Modestes, le Messager ﷺ et ses successeurs ne se distinguaient pas des autres musulmans. Loin de cette pudeur originelle, des califes sont représentés sur les pièces ou en statues, disposent parfois d’un « harem », adoptent des noms grandioses et sont célébrés par des poètes.
Avec l’expansion de l’islam, les contacts se multiplient avec des peuples qui ont des mœurs et un rapport au corps, à la pudeur, qui diffèrent des premiers compagnons.
Il y a certes des nuances. Ibn Battuta relève la pratique du voile intégral chez les Perses, à Chiraz.
Les habitantes « portent des bottines et sortent couvertes de manteaux et de voiles, ainsi, l’on ne voit aucune partie de leur corps ».
Il rapporte que dans les Maldives actuelles, le semi-nudisme régne dans les souks. La majorité des Indiennes musulmanes ont les seins nus…
« la plupart d’entre elles ne revêtent qu’un pagne qui les couvre depuis le nombril jusqu’à la terre; le reste de leur corps demeure à découvert. C’est dans ce costume qu’elles se promènent sur les marchés et ailleurs ».
Il rapporte aussi qu’au royaume de Mansa Souleiman (frère de Mansa Mussa), les cousines du sultan entrent nues aux audiences publiques.
Les hommes musulmans d’autres cultures sont aussi parfois touchés par cette conception non islamique de la ‘awra (comme dans l'Océan Indien)...
La pudeur islamique est aussi malmenée par l’accroissement de la mixité, manifeste dès le 12e siècle.
À la faveur du développement du secteur marchand et textile, les femmes intègrent massivement l’espace social. Cette mixité urbaine dépasse parfois la hisba (police des mœurs).
En 253 de l’Hégire, le gouverneur d’Egypte Muzâhim ibn Khâqân ordonne à son chef de la police Azjûr at Turki d’interdire aux femmes de porter des tenues impudiques.
Ce travail féminin semble faire croître le célibat et être à l’origine de la multiplication...
La vie urbaine, faite d’interactions avec d’autres peuples et de sédentarité, va corroder la pudeur masculine. Les manuels de hisba ordonnent de molester les « hommes efféminés » qui déstabilisent la société, symbole d’un phénomène marginal, certes, mais réel.
L’homosexualité est historiquement un phénomène urbain et élitaire, une violation de la fitra liée à du parasitisme social. Dans l’empire ottoman, certains hommes pris dans le devchirmé (et même ultérieurement) peuvent être masseurs ou danseurs, surtout jeunes et imberbes.
La civilisation urbaine est le monde du bruit, des flux, des tentations : la pudeur en fut affectée. Plus les interactions augmentent, plus le verset coranique est un rappel douloureux, S24, V30:
Sur le plan cultuel, la traduction de ce déclin de la pudeur est l’expansion d’un islam confrérique mystique soufie, qui n’exalte plus le silence mais mouvement, chant et son. L’ascétisme (zuhd) passe du stade de l’attitude individuelle à celui de phénomène socio-politique.
La colonisation du monde musulman va rectifier certaines dynamiques et en renforcer d’autres : face à la nécessité de résistance, l’anthropologie traditionnelle (pudeur, courage, force, épreuves) reproduit des musulmans de haut niveau.
La convergence des luttes contre l’occupant accorde cette fois aux femmes un rôle politique . Beaucoup militent alors : à la sexualisation des corps par le colon répond leur politisation. On lutte parfois contre l’Occident… avec ses référents...
et l’idéologie/discours remplace la parole coranique : la colonisation des esprits génère des dirigeants sans pudeur : Bourguiba qui dévoile des femmes en public, Nasser qui moque le hijab à voix haute devant des élites conquises.
La lutte contre la colonisation contribue à la propagation de la mixité dans un contexte de mobilisation rébellionnaire. Mais des femmes conservent toutefois, à la marge et face à un féminisme naissant, la pudeur islamique qu’elles associent à leur combat
La présence des nouveaux médias, dès 1930's, bouleverse enfin le rapport à l’image : le cinema egyptien joue un rôle clé dans la redéfinition des canons de la pudeur.
Bennabi écrit : "Je suis dans une salle de cinéma où j’ai devant moi deux femmes égyptiennes. Elles fument.
La radio et surtout la TV remodèlent alors la conception de la pudeur en terre d’islam, rentrant en contradiction schizophrénique avec les injonctions coraniques et prophétiques.
La restauration de cette pudeur islamique passe par divers moyens: un retour au Coran et à la Sunna, une véritable conscience historique, une langue bien tenue, des rôles sociaux et sexuels réaffirmés avec équilibre et fermeté. الله أعلم

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