25 Tweets 44 reads Jan 11, 2023
#Thread ⬇️ SOUFISME ET COLONISATION 💥: COLLABORATION OU RÉSISTANCE ? ⬇️⬇️
Sur twitter, il faut faire un effort de vulgarisation et de synthèse. J’aborderai plus en détail à l’avenir, inshaAllah, chacun des espaces mentionnés. Je ne suis ni soufi, ni ash’ari, je me dois de le préciser par respect pour les lecteurs. Mais je tente d’être juste.
Je ne prends jamais la défense d’un mécréant contre un musulman. Depuis plusieurs années et grâce à des contacts aux 4 coins du monde musulman, je tente d’élargir les perspectives. Je n’exprimerai pas d’avis dogmatique sur le soufisme ici, mais juste historique.
Je définirais ici le soufisme de manière minimaliste afin d’être bien compris : L’islam confrérique et initiatique.
Je ne ferme jamais les commentaires contrairement à d’autres comptes. Si vous répliquez, svp, fournissez un travail illustré et bien écrit. Levez le niveau.
En Afrique du Nord, la 1ère résistance à la colonisation dès 1830 est clairement de tendance soufie . Elle est liée à la très importante implantation des confréries qui sont alors un repère spatial et social pour la population, quoi qu’on en pense.
Même si certaines confréries servent les Français, les principaux rebelles en sont issues (qadiriya, rahmaniyya).
En dépit de parcours pour certains complexes, entre lutte armée, négociations et récupération, ils constituent le socle de la première sédition
1914 est le basculement : C’est justement cette implantation puissante des confréries que l’administration coloniale (le CIAM, Paul Marty, Robert Montagne) va utiliser et retourner.
Elle noyaute/dépolitise les confréries…achète des leaders et promeut une mystique inoffensive
La "mission musulmane" en France (essentiellement tijani), décorée par l'État, est pendant la guerre une officine des services de renseignements extérieurs républicains et participe activement à la mobilisation.
Il n’y a aucune divergence sur ce sujet.
Il y a certes deux résistances mémorables dans l’entre-deux-guerres : AbdelKrim au Maroc, toutefois pris en tenaille entre des confréries favorables et d’autres hostiles ; et le soufi senoussi libyen Omar al Mokhtar , héros de la confrérie mais plutôt isolé en son sein.
Le point de bascule se situe à mes yeux dans la prédication salafi de l’association autour d’Ibn Badis en Algérie.
Les confréries, soumises à la République et sa conscription, ont favorisé cette da'wa, laquelle devient la seule résistance crainte par les autorités coloniales.
Afrique subsaharienne, même scénario : une 1ère résistance soufie conduite de 1850 à 1940 par le tijani el Hadj Omar (malgré l'accord de 1860) puis le mouride Ahmadou Bamba.
Ces confréries sont alors explicitement combattues par les autorités...
Mais dès 1935, les Français cooptent des élites soufies en s’appuyant sur leur prestige social.
En dépit de résistances périphériques, les confréries soutiennent la mobilisation militaire, y compris de Pétain, présenté par Seydou Nourou Tall comme le « protecteur des musulmans »
La prédication salafi « najdite » prend là aussi le relais : Le touareg Mahmud al Madani, dont la famille émigre en Arabie, enseigne à La Mecque/Médine.
Il revient en Afrique (Mali) en 1938 et devient l’ennemi n°1 des Français, tout comme le ‘alim salafi Abdel Rahman al Ifriqi.
La prédication « wahabbite », qui réfute la soumission soufie ET la colonisation et propage l’alliance et le désaveu, est combattue activement par la République. Elle encourage alors les confréries, lesquelles sont chargées de réécrire l’histoire de leurs fondateurs rebelles.
Dans le Caucase musulman, la puissante implantation de la confrérie Naqshbandi a opposé aux Russes orthodoxes puis communistes les plus grands résistants.
C’est même une hégémonie dans la région, de Sheikh Mansur (18e siècle) à l’imam Shamil et Najmuddin Hotso (19 e-20e siècle)
La Guerre de 1939 jouera là aussi un rôle de lessiveuse et Abdurahman Rasulaev, qui devient l’imam du palais de Staline et auquel rend régulièrement hommage le polythéiste Poutine, ralliera les confréries du Caucase au pouvoir communiste.
Dans le monde turc, face à la politique anti-islam conduite par Kemal post-califat, ce sont aussi DES naqshbandi qui résistent : Sheikh Said, martyr de l’islam, fut toutefois isolé par beaucoup de soufis qui ont prêté allégeance à la République, au moins par leur silence..
Dans le monde indien, la donne est totalement différente. Terre d’islam en contact avec l’hindouisme et la tradition du diviser pour régner britannique, l’Inde et le Bengale vont être le théâtre de résistances explicitement d’inspiration najdite et wahhabite.
Hajji ShariatuLlah (vers 1830), le Muhammad Ibn Abd el Wahhab du Bengale, devient la terreur des propriétaires fonciers hindous et des britanniques. Formé en Arabie, Il combat les innovations et dénonce l’écrasante majorité des confréries qui ont capitulé face à la tyrannie.
Idem pour Titumir (vers 1820), formé par Syed Barelvi, auquel al Nadwi a consacré un ouvrage. Formellement , Barelvi est deobandi. Mais de retour d’Arabie, il attaque les sikhs et les confréries soufies, qui le qualifient de « wahhabite », tout comme le mujahid Titumir…
En Asie du Sud-Est, l’islam confrérique (Shattariyya) est le premier ferment de la résistance à la colonisation portugaise et hollandaise.
Mais dès le début du 19e siècle, soit plus tôt qu’ailleurs, les confréries soufies disparaissent du paysage rébellionnaire.
La Guerre des Padri (1821) oppose des imams de Sumatra (dont l’imam Bonjol, héros islamique dans toute la région), formés dans l’Arabie wahhabite, contre des élites locales soufies, alliées des colonisateurs hollandais.
Le cas d’Aceh est intéressant : il n’y a pas de terre d’islam où les confréries aient été aussi peu influentes et présentes. Aceh ignore quasiment l’islam confrérique mais est pourtant l'une des territoires sinon LE territoire le plus rebelle du monde musulman.
Très tôt discréditées, les confréries soufies y ont laissé place aux imams mujahidin formés dans l’Arabie najdite (Muhamad Saman CHIK DI TIRO). C’est pourquoi Hurgronje لعنة الله عليه favorise le folklore soufi et se méfie de l’islam international « hajjite » d’Aceh.
Cette question est complexe est mérite plus de détails, inshaAllah. Dénoncer sans nuance les uns ou les autres n'a aucun sens. En revanche, il y a des pans entiers de l'histoire islamique qui manquent à beaucoup, et cela devrait les ramener vers plus d'humilité. الله أعلم

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