Stéroïdomassiste
Stéroïdomassiste

@spolochon

34 Tweets 18 reads Sep 04, 2022
Une fois n'est pas coutume, décortiquons précisément ce qui se passe dans un automate de biochimie qui mesure :
💧La Natrémie💧
(oui, j'ai mis de l'eau, parce que la natrémie c'est le bilan de l'eau, pas le bilan du sel, suivez un peu)
On va partir du prélèvement.
On va aller jusque dans l'automate.
Et surtout on va faire des maths.
De l'automaths en somme.
Le sang c'est quoi.
Des globules rouges, des globules blancs, des plaquettes... qui flottent gaiement dans le plasma.
Centrifugez le tout : les globules et les plaquettes, lourds, tombent au fond du tube, et le plasma reste au dessus (il surnage : c'est le surnageant).
Et alors qu'est-ce qu'il y a dans ce plasma ?
On admet qu'il y a, grosso-modo :
93% d'eau dans lesquels sont dissous les ions (coucou le sodium Na+)
7% de grosses molécules genres protéines et lipides
Mettons que, dans ce plasma, vous vouliez mesurer la natrémie.
C'est à dire, la concentration en ion Na+.
Mais dis-donc, comment qu'on fait pour mesurer une natrémie ?
Je m'en vais vous raconter tout ça.
On veut mesurer un ion.
Une espèce chargée.
On va utiliser la ✨𝚙𝚘𝚝𝚎𝚗𝚝𝚒𝚘𝚖𝚎́𝚝𝚛𝚒𝚎✨
Sur un appareil à gaz du sang par exemple, on utilise la potentiométrie directe, grâce à l'utilisation d'électrodes spécifiques de l'ion dont on cherche à mesurer la concentration.
C'est, directement, l'activité ionique dans le plasma qui est mesurée, grâce à la relation de Nernst (l'activité électrique dépend de la concentration de l'ion qu'on mesure, retournez lire vos cours de Première S, regardez comme Herr Nernst vous juge d'avoir oublié son équation)
En mesurant ainsi directement dans le plasma, on s'affranchit de la quantité d'eau qu'il contient (souvenez-vous, 93% en général).
Gardez ça en tête.
A côté de ça, sur une grosse bécane de biochimie comme celle montrée au début, on va pouvoir faire plein de paramètres à partir d'un seul tube :
Sodium, potassium, chlore mais aussi protéines, créatinine, LDH, lipase, troponine, transaminases...
Pour faire les électrolytes (sodium, potassium, chlore), ces automates vont diluer l'échantillon.
Et c'est là qu'il va falloir faire chauffer les neurones.
L'automate prélève 100 µL.
Avec notre répartition 93/7 on a 93 µL d'eau et 7 µL de lipides/protides.
L'automate effectue une dilution au 1/10e.
Pourquoi ? Pour s'affranchir de certaines interférences par exemple (hémolyse, ictère...)
Pour disposer d'un plus grand volume d'échantillon (tant que les concentrations après dilutions restent dans son domaine de sensibilité, who cares)
Donc pour diluer au 1/10e quand on a prélevé 100 µL on ajoute..?
L'automate va donc mesurer la concentration en sodium, par potentiométrie dans l'eau plasmatique diluée.
Sauf que ce qu'on rend au clinicien, c'est la concentration en sodium dans le plasma (total) non dilué.
Pour passer de l'un à l'autre, l'automate va tenir compte :
- De la dilution faite (1/10e)
- De la proportion théorique d'eau dans le plasma (93%)
Pour formuler les choses autrement, les ions Na+ que l'on cherche à mesurer et qui se baladaient dans 93 µL d'eau plasmatique se baladent désormais dans 93+900 µL soit dans 993µL (eau plasmatique + diluant).
L'appareil va donc mesurer, par potentiométrie, la concentration de sodium là dedans.
La conservation de la matière nous donne la plus célèbre équation connue de tous les analystes depuis le premier TP de chimie : Ca x Va = Cb x Vb
En posant
Ca = la concentration de sodium mesurée par l'automate
Va = le volume dans lequel cette concentration est mesurée
et
Cb = la concentration réelle dans l'eau plasmatique
Vb = le volume d'eau plasmatique dans la prise d'essai (100 µL, je vous le rappelle)
On trouve qu'il faut multiplier Ca (la concentration mesurée) par Va/Vb pour trouver Cb.
Et ça, Va/Vb, pour un automate programmé, bien réglé et dont le boulot est de bosser toujours toujours de la même façon, ça va jamais changer.
Va ce sera toujours : 93µL d'eau plasmatique auxquels on a ajouté 900 µL de diluant
Vb ce sera toujours : 93 µL d'eau plasmatique.
Car c'est bien là le coeur de l'artéfact analytique qui nous intéresse ici :
Pour l'automate, l'eau plasmatique c'est 93% du plasma.
Qu'il pleut, qu'il vente, qu'il neige.
Et même : que ce soit réellement le cas ou non...
Systématiquement donc, l'automate va appliquer un facteur de dilution standard à ce qu'il aura mesuré.
Ce facteur de dilution standard vaudra toujours :
Va/Vb
= (93 + 900) / 93
= 10,68
Imaginons à présent un plasma avec beaucoup, beaucoup de lipides.
Ou beaucoup de protéines.
Où la proportion d'eau plasmatique serait abaissée à 80%.
Ça, l'automate ne le sait pas...
Donc, l'automate va mesurer la concentration de Na+ et appliquer bêtement son facteur standard de dilution 10,68, alors que le facteur de dilution réel est différent :
Cette fois, Va/Vb vaut :
(80 + 900) / 80
= 12,25
Vous voyez le truc venir.
Ça marche aussi dans l'autre sens, imaginons une hypoprotidémie sévère, la proportion d'eau plasmatique passerait à 98% et on devrait avoir un facteur de dilution à
(98 + 900) / 98 = 10,18
Prenons ces trois cas de figure en parallèle.
Imaginons une natrémie vraie à 140 mmol/L.
[Point vocabulaire]
On MESURE une concentration, on ne la dose pas.
On mesure une CONCENTRATION, quantité de matière ou masse rapportée à une unité de volume.
Pas un taux, on est pas à la banque.
Sauf si c'est exprimé en pourcentage (le taux de prothrombine par exemple)
Dans la cellule de mesure, c'est à dire après prélèvement d'un échantillon de 100 µL dilué au 1/10e, l'automate va mesurer une concentration de :
- 13,11 mM si l'eau plasmatique est à 93%
- 11,43 mM si elle est à 80%
- 13,75 mM si elle est à 98%
Sauf qu'on l'a vu, la machine est bête et disciplinée, et surtout elle ne sait pas que la composition du plasma diffère de la normale.
Elle va donc appliquer le même facteur de dilution à tout le monde : 10,68.
Comme si tous les échantillons avaient 93% d'eau plasmatique.
Et c'est comme ça qu'on rend des fausses hypo- / hypernatrémies
Et voilà !!
C'est quand même super marrant la biologie médicale non ?
Non ?
Précision importante de l'ami @JPBertok :
Les évolutions analytiques font qu'aujourd'hui les fausses hyponatrémies sont vouées à devenir des histoires qu'on retrouve uniquement dans les vieux bouquins.

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